William Eugène Smith

Nous voilà devant notre deuxième article que nous voulons bien consacrer à la culture photographique. Onze commentaires ou plutôt onze réflexions en réponse à la phrase de Sarah Moon concernant le cadre. C’est un beau début.

Merci aux photographes qui se sont livrés dans ces réponses, qui nous ont fait part de leur façon de pratiquer la photographie à travers ce sujet du cadre.
Lire ces réflexions m’enrichit de la vision des autres et bien évidemment je souhaite qu’il en soit de même pour chacun d’entre nous.

J’ai noté qu’au-delà du cadre qui est un élément très physique somme toute de la photographie se tenaient en embuscade des mots comme émotion, sentiment, désir, besoin.

Partant de ce constat que j’espère pertinent,

je tenais à vous faire part de la réflexion d’un photographe américain né en 1918
et décédé le 15 octobre 1978 : William Eugène Smith. Un photographe écorché par la vie et capable de dire :

Je n’ai jamais fait une image bonne ou mauvaise sans avoir à payer pour cela par une tourmente émotionnelle

William Eugène Smith.

Nous n’en sommes sans doute pas là, nous simples amateurs pratiquant avec modestie cet art qu’est la photographie.

Cependant, je vous invite à parcourir le net et dénicher par vous-même quelques photographies de ce photographe comme “le bain de Tomoko” ou cette photo dans laquelle on voit 2 soldats américians dont l’un porte un tout jeune bébé dans ses mains, ou bien encore “Walk to Paradise Garden”, la photographie de deux enfants se tenant par la main sur un chemin, photographie refusée par Life parce que ces enfants sont photographiés de dos !


En fait, je voulais en arriver au constat que la photographie n’était pas seulement faite et ou utilisée pour montrer ce qui est beau, ce qui est “politiquement” regardable, ou encore uniquement utilisée pour sublimer.

Elle porte également son regard sur ce que nous produisons de plus dégradant pour l’humanité tout en voulant croire à cette force qui est en nous de ne jamais la perdre.

Un paradoxe de plus avec lequel nous devons nous arranger. Et si d’aucuns me rappellent, à juste titre peut-être, que ce n’est pas là l’objectif d’un club photo que de se perdre dans ces chapitres je répondrais : pourquoi non ? voulant ainsi faire confiance en la grande humanité qui est en chacun de nous.

Car enfin, pratiquer la photographie de façon amateur ne nous interdit en aucune manière de nous augmenter, nous élever dans cette connaissance même si celle ci ne peut se faire sans éviter d’approcher ce que nous aimerions ne pas voir, ou pour le moins le juger hors champs. Toujours le paradoxe. Ainsi, nous ne tronçonnons plus la photographie en tranches qui nous agréent mais l’appréhendons dans toute son entièreté et toute sa complexité avec cette manière bien à elle de rendre “esthétique” ce qui ne relève pas d’une grande esthétique justement. Paradoxe quand tu nous tiens.


C’est avec une grande impatience “d’apprenant” que je compte lire vos réflexions ; vous venez déjà de lire les miennes.

Revoir les cinq derniers instants “culture photographique”

6 réflexions sur « William Eugène Smith »

  1. Droit dans ses bottes!

    J’ai pris un coup de poing en pleine figure en regardant certaines images!
    Voilà quelqu’un qui mérite un immense respect par son intégrité!
    Son implication sans compromis est un hymne au photo journalisme.
    Se photos sont puissantes et frontales.
    Dans son travail on voit toute l’amphatie et toute la proximité qu’il met avec son sujet, sûrement beaucoup de temps passé à ses côtés en amont.
    J’ai aussi noté cette phrase
    “Ma famille a toujours été celle des gens pris au piège et acculés. je peux leur donner la voix qui leur manque”
    Pascal

  2. Quel choix Jérôme : Eugene Smith, le monstre sacré du reportage et l’éthique du photojournalisme personnifiée. A voir et revoir et méditer … en particulier en notre époque de production et de diffusion industrielle d’images, partagées instantanément, “retouchées” pour plaire aux media, voire trafiquées.
    Smith avait besoin de s’immerger parfois plusieurs mois dans son environnement pour s’en imprégner, être au plus près de son sujet (« sink into the heart of the picture » : plonger au cœur de l’image), quitte à prendre des risques. Il ne publiait qu’à la fin, refusant toute concession sur ses publications. Une démarche déjà à contre temps à l’époque. Mais quel résultats !
    A voir aussi son héritage avec les travaux des photographes de la bourse Eugene Smith (W. Eugene Smith Grant in Humanistic Photography), qui n’a pas pour but de répliquer le style ou les travaux de Smith, mais de produire des photoreportages en s’émancipant des demandes croissantes des mass media.
    W. Eugene Smith Grant in Humanistic Photography : https://www.smithfund.org/recipients

  3. Merci Jérôme.
    Totalement happée par l’oeuvre de ce photographe que je ne connaissais pas.
    Je viens de passer un bon moment à rechercher des images et des infos le concernant.
    Quelle vie !
    Il l’aura vécue comme un passeur d’Histoire, sans compromis, de son émotion directement à la nôtre..

    “La photographie est une petite voix… Si elle est bien conçue, elle fonctionne parfois.”

  4. Quelle claque, je ne connaissais pas. Merci !
    J’ai trouvé “https://cboisnardtributewesmith.wordpress.com/” assez complet.

    « Et si d’aucuns me rappellent, à juste titre peut-être, que ce n’est pas là l’objectif d’un club photo que de se perdre dans ces chapitres je répondrais : pourquoi non ? »

    C’est justement ce que j’attends d’un club photo, de la rencontre, de l’échange, du partage… et de la culture. Je suis conscient du temps que cela peut te prendre, Jérôme, aussi je tiens à te remercier pour cette initiative bienvenue.

  5. Ces photos sont d’un grand humanisme. Je n’ai jamais en regardant ces photos l’impression d’être voyeur. Ce qui me gêne souvent lorsqu’on montre la souffrance c’est le manque d’implication du photographe. Ici, on sent la grande empathie de William Smith. Il est pleinement avec ses sujets photographiés, hors champ mais avec eux. Ce ne sont pas des photos prises au hasard de ses reportages. Ce ne sont pas des photos volées. Même lorsqu’il photographie la mort proche, le sujet garde sa dignité. L’émotion de Smith est présente dans chacune de ses images. Ces photos me touchent profondément. Il n’est pas sorti indemne de ces reportages c’est certain mais nous non plus.
    Elles n’en restent pas moins extrêmement esthétiques de mon point de vue. Le beau c’est aussi notre humanité
    Quelle grande leçon il nous donne!
    Merci Jérôme pour ce beau choix

  6. merci Jérôme de mettre en avant W E SMITH, mon photographe préféré.
    un grand bonhomme de la photo quasi inconnu en france mais toujours dans le top 5 des plus grands photographes dans les pays anglo-saxons.
    C est le pionnier du travail d auteur ! Avant lui la photographie n etait qu une illustration d’ un article ecrit.Il a fait du récit photographique une œuvre a part entière . ( country doctor)
    Photographe engagé toujours au coeur des combats, reporter de guerre blessé pendant la WW2 , il perd un oeil à 50 ans lors d une manifestation.
    Mort trop tot, il a loupé les possibilités de traitement par photoshop mais c était un as de l interprétation d un négatif en utilisant le ferri cyanure pour ” éclairer ” son propos sur ses tirages.
    Enfin une sacré tête dure pour se permettre de claquer la porte du magazine life .
    Pour la petite histoire c est lors d une de ces expos dans les années 1990 que j ai pu constater la différence entre une reproduction dans un livre et un véritable tirage.
    Allez voir des expos … enfin quand nous serons libérés.
    amicalement
    xavier

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